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One response to “Une proposition de loi pour promouvoir le télétravail”

  1. Cyril Slucki

    Notre réponse collective à ce projet de proposition de loi, qui reste à optimiser pour rester constructif…

    Avant de voter une loi sur le télétravail

    Le dépôt, fin octobre, d’une proposition de loi pour favoriser le télétravail
    semble être une bonne nouvelle mais le texte se coupe de toute réalité avec les
    besoins des entreprises, l’existence des télétravailleurs indépendants et le
    développement durable.
    Un cadre juridique peu adaptable
    Une partie importante du projet de loi reprend simplement les termes de l’Accord
    National Interprofessionnel de juillet 2005, qui est l’adaptation française, par les
    partenaires sociaux, de l’accord cadre européen de 2002: « une forme d’organisation
    et/ou de réalisation du travail, utilisant les technologies de l’information dans le cadre
    d’un contrat de travail et dans laquelle un travail, qui aurait également pu être réalisé
    dans les locaux de l’employeur, est effectué hors de ces locaux de façon régulière ».
    Cet accord a démontré son inefficacité car les rares entreprises qui télétravaillent
    préfèrent les termes mobilité ou externalisation pour ne pas se soucier des conséquences
    légales et fiscales, voire sociales.
    Exemplaire, la France est le seul pays européen à considérer de manière tout à fait
    artificielle, notamment pour échapper à la négociation, que le nomadisme n’est pas du
    télétravail.
    Même si pour montrer l’exemple, les députés suggèrent une mise en oeuvre dans les
    services publics d’ici un an, les entreprises préféreront contourner une loi définissant les
    détails des méthodes de management à appliquer pour continuer à échapper à leur
    responsabilité et encourager le télétravail gris ou clandestin.
    Par ailleurs, les salariés sur lesquels la pression et la dégradation des conditions de
    travail s’accélère et s’accentue, trouveront dans une telle loi une bonne justification pour
    courir au conseil de prud’hommes en se fondant sur la jurisprudence existante. Est-ce
    l’effet souhaité par le législateur ?
    Définition du télétravail
    On parle de télétravail, mais de quoi s’agit-il au juste ? De mobilité, de nomadisme,
    d’aménagement du temps de travail, d’une nouvelle organisation managériale,
    d’informatique, de faire appel à des sous-traitants, de délocaliser certaines fonctions là
    ou la main d’oeuvre est meilleur marché ?
    Pour simplifier, rappelons que depuis l’arrivée du haut débit travailler à distance est aussi
    facile que de consulter ses emails, trouver un prestataire aussi rapide qu’une recherche
    sur Google.
    Concrètement, le télétravail est une organisation du travail qui redéfini les rapports
    sociaux et professionnels tout en abolissant la notion de lieu et de temps. On passe d’une
    gestion de la présence dans l’entreprise à un management par objectifs. De quoi allier
    travail, responsabilité, productivité et en principe qualité de vie.
    Pour l’entreprise, il s’agit d’obtenir le meilleur rapport qualité/prix sur une mission
    donnée. Ainsi de nombreux prestataires dans des domaines comme la saisie,
    l’informatique ou encore le télémarketing ont compris cette opportunité et proposent
    leurs services depuis des pays émergents.
    Une réponse au chômage
    En effet, outre l’organisation du travail des salariés, la vraie question que pose
    l’émergence du télétravail pourrait être celle de l’indépendance personnelle.
    Le télétravailleur, qu’il soit demain salarié ou non est un acteur de l’économie, un
    professionnel compétent, mais avant tout un créateur de richesses et d’emplois.
    En période de crise, cela prend tout son sens.
    On regrettera que le texte n’intègre pas les télétravailleurs appuyés par des sociétés de
    portage salarial, solution qui motive les créateurs d’entreprises et leurs clients « petites
    entreprises », que la réduction d’impôt proposée aux entreprises pour la mise en place
    du télétravail ne soit pas applicable pour le recrutement d’un salarié indépendant.
    En relation avec le nouveau statut d’auto-entrepreneur, on peut imaginer l’utilisation des
    structures d’accueils existantes pour faciliter le parcours du télétravailleur débutant :
    faire des missions en portage, continuer à cotiser aux Assedic, puis une fois la clientèle
    constituée créer son entreprise.
    Aménagement durable du travail et du territoire
    Mais le télétravail a une dimension qui va bien au-delà des aspects économiques.
    En effet, l’impact de cette organisation se ressent fortement dans d’autres domaines à
    l’instar de l’aménagement du territoire et de l’éco-responsabilité.
    Comment, en effet, ne pas voir dans le télétravail une solution à la réimplantation
    d’acteurs économiques en milieu rural ? Certains territoires l’ont déjà prouvé en
    optimisant les conditions technologiques d’accueil par le biais de l’installation de
    télécentres. D’autres ont remédié à l’absence de haut débit en investissant (WiMAX, fibre
    optique, Wi-Fi…).
    Enrichis de nouvelles compétences, ces territoires ouvrent la voie à la fois à un regain
    décentralisé d’activité mais aussi de compétitivité économique. Ces « pays », « villes » et
    cantons favorisent ainsi l’expression de l’innovation et la prise de responsabilité des
    télétravailleurs dans le cadre du développement de leur nouvelle organisation du travail.
    Enfin et on l’aura compris, l’un des atouts du télétravail est aussi d’apporter sa
    contribution à la mise en place d’un mode de travail durable et responsable, limitant le
    recours aux transports, favorisant l’intégration de principes écologiques, concourant au
    respect de l’environnement. Autant d’atouts qui auraient dû faire du télétravail un
    élément clé du dernier Grenelle de l’Environnement. Cela n’a pas été le cas, mais il n’est
    pas trop tard.
    Perspectives
    Les contraintes posées aux entreprises par cette proposition de loi risquent tout
    simplement de signer l’arrêt de mort du télétravail salarié et de stimuler la recherche de
    solutions plus souples pour répondre aux besoins du marché.
    « Créer son propre emploi sera l’avenir. Chacun ne sera plus bientôt qu’employeur de lui
    même, consultant ou employé provisoire d’une entreprise. C’est déjà largement le cas
    dans les pays du sud, qui sont, là encore, en avance sur nous. Le télétravail, si lent à se
    développer, en constituera une des dimensions essentielles » selon Jacques Attali.
    Voilà sans doute pourquoi les enjeux et les questions qu’amène cette proposition de loi
    vont lancer un véritable débat en connaissance de toutes les causes.
    Article rédigé par Cyril Slucki – Cyberworkers.com (www.cyberworkers.com), place de marché du
    télétravail.
    Avec la participation de :
    Nicole Turbé-Suetens, Distance Expert (www.distance-expert.eu) – Expert européen – Consultante.
    Philippe Altschul, actUnion (www.actunion.com), portage salarial.
    Xavier de Mazenod – Zevillage (www.zevillage.net), village de télétravailleurs.

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